Pendant des années, nous nous sommes tous raccrochés à un chiffre : 2 heures d’écran par jour, pas plus. Un repère rassurant, presque une bouée. Nous pouvions regarder l’horloge et nous dire que nous faisions bien. Sauf qu’en cette rentrée 2026, cette bouée se dégonfle. Et chez nous, je dois l’avouer, nous n’avons jamais vraiment regardé la montre. Nous avons plutôt regardé notre fils.
La règle des 2 heures d’écran vacille, une loi tombe
Le premier coup est venu des États-Unis. En janvier 2026, l’Académie américaine de pédiatrie a abandonné le cadre qu’elle utilisait depuis 2016, organisé autour de limites horaires, pour inviter les parents à regarder l’ensemble du contexte plutôt que de mettre tout le temps d’écran dans le même panier.
Puis la France. Le Parlement a adopté le 21 juillet l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, prévue pour le 1er septembre, avant que le Conseil constitutionnel ne la censure le 14 août. Le texte doit maintenant être réécrit, et nous ne savons pas encore ce qu’il contiendra.
Alors voilà où nous en sommes, nous, les parents : un peu seuls face à la question. Les repères français existent toujours, ceux de la commission écrans remis au président de la République en 2024 : pas d’écran avant 3 ans, un usage très encadré jusqu’à 6 ans, pas de téléphone avant 11 ans, pas de réseaux sociaux avant 15 ans. Mais « encadré », un mardi soir à 18 h, quand l’enfant vous regarde avec ses grands yeux et sa manette à la main, ça veut dire quoi ?
Chez nous : pas de chronomètre, des moments
Notre fils va avoir 9 ans. Nous n’avons jamais fait des 2 heures d’écran notre règle : nous n’avons jamais été des parents de chronomètre. Nous avons choisi des moments, et des contenus. C’est la logique que nous racontions dans Le temps d’écran à la maison : un cadre annoncé à l’avance plutôt qu’une décision prise à chaud.
En semaine, le matin, pas d’écran avant l’école. Le matin, c’est le petit-déjeuner, les chaussures que nous cherchons, le cartable que nous fermons. Le soir, vers 17 h 45, nous faisons les devoirs ensemble. Et seulement après, il a droit à sa console, à ses dessins animés ou à une émission qui lui apprend quelque chose. Cet ordre-là, il le connaît par cœur.
Le week-end, le matin, un peu de YouTube Kids. Nous jetons toujours un œil à ce qu’il regarde : il faut que ce soit instructif. Et en fin d’après-midi, quand nous préparons un plat trop technique pour ses petites mains, il peut jouer ou regarder un dessin animé. Rien de tout cela ne ressemble à un quota de 2 heures d’écran : ce qui compte, c’est le moment, pas la durée.
Il y a quelque chose qui me touche dans tout ça : son grand frère, aujourd’hui 22 ans, avait exactement les mêmes règles au même âge. Treize ans ont passé, les écrans ont tout envahi, et pourtant notre façon de faire n’a pas bougé. Je crois que c’est ce qui me rassure le plus.
5, 4, 3, 2, 1… 0
Le plus dur, ce n’est jamais d’allumer. C’est d’éteindre.
Il y a eu des négociations, forcément. Parfois, je le laisse finir un niveau ou un épisode, mais je le préviens : cinq minutes, pas plus. Ensuite, je compte à voix haute. 5, 4, 3, 2, 1… 0. À zéro, la télé doit être complètement éteinte. Sinon, c’est moi qui m’en charge. Et il le sait.
Je ne l’ai fait qu’une seule fois, éteindre d’autorité, après lui avoir demandé plusieurs fois. Ce n’est pas un souvenir agréable. Mais c’est à partir de ce jour-là que j’ai changé ma façon de lui parler.
Le plus dur, ce n’est jamais d’allumer. C’est d’éteindre.
« Répète-moi ce que je viens de dire »
Au début, il a fallu tout expliquer. Il y a eu des colères, des larmes parfois, de l’incompréhension. Et à chaque fois, nous avons pris le temps d’expliquer encore. Il y a eu aussi les fameux « oui, oui », lancés les yeux rivés sur l’écran, sans avoir entendu un seul mot. Tous les parents connaissent.
Alors maintenant, je le préviens une fois, je lui demande s’il a compris, et surtout je lui demande de me répéter ce que je viens de dire. Là, plus d’échappatoire. Et si l’écran reste allumé, le compte à rebours commence.
Évidemment, il teste. Un jour, je l’avais autorisé à finir son niveau. J’étais occupé ailleurs, et du coin de l’œil, je l’ai vu en lancer un nouveau, bien discrètement. Je le lui ai simplement fait remarquer. J’ai vu dans son regard qu’il avait compris qu’il était démasqué. L’écran s’est éteint très vite.
C’est un enfant. Il testera encore, et c’est normal. Mais je veux qu’il sache une chose : je serai toujours là pour veiller, pas pour le punir, mais parce que c’est pour lui. Pour en faire un bon garçon, comme je le lui répète souvent.
Le smartphone en 6e : la confiance se gagne
Le premier portable arrivera à l’entrée en 6e. Il ira seul au collège, et nous aurons besoin de savoir qu’il est bien arrivé. Ce sera un smartphone, avec une règle très claire : au début, nous aurons un accès total. Son code, ses messages, le contrôle parental, chaque application téléchargée.
Nous savons que la commission écrans recommande, entre 11 et 13 ans, un téléphone sans connexion internet. Notre choix est un peu différent, et c’est justement pour cela que le contrôle sera total. Avec le grand, parti étudier à Madrid, nous avons mesuré à quel point un téléphone peut être un fil précieux : nous racontons comment nous restons en contact avec lui.
Il n’y aura pas de date pour relâcher. Ce sera à lui de nous montrer, jour après jour, qu’il sait s’en servir. Et le soir, le téléphone ne dormira pas dans sa chambre. La nuit, c’est pour dormir.
Et nous, les parents ?
Nous ne pouvons pas demander à un enfant ce que nous ne nous imposons pas à nous-mêmes. Chez nous, pas de téléphone pendant les repas : il reste loin de la table. Le repas, c’est le moment où nous nous racontons nos journées.
Nous ne pouvons pas demander à un enfant ce que nous ne nous imposons pas à nous-mêmes.
Pour le reste, nous ne sommes pas des parents parfaits. Il nous arrive de répondre aux messages de la famille sur WhatsApp ou de vérifier un mail urgent. Mais nous essayons de ne pas être collés à l’écran, parce que nous savons qu’il nous regarde.
Les réseaux sociaux : la question qui attend
Et les réseaux sociaux ? Je vais être honnête : nous ne nous sommes pas encore vraiment posé la question. Avec une loi censurée et des recommandations qui changent, je me doute que nous ne sommes pas les seuls. Ce jour-là viendra plus vite que nous le pensons.
Ce que je sais, c’est que la question ne se réglera pas avec un chiffre, pas plus que celle des 2 heures d’écran. Nous l’aborderons comme tout le reste : avec des règles claires, expliquées, répétées. Et un parent présent.
Faut-il encore limiter les enfants à 2 heures d’écran par jour ?
Le repère des 2 heures d’écran par jour ne fait plus l’unanimité : en janvier 2026, l’Académie américaine de pédiatrie a abandonné les limites horaires fixes pour regarder l’ensemble du contexte. Cela ne veut pas dire « sans limite » : chez nous, nous fixons des moments (jamais avant l’école, seulement après les devoirs) et nous choisissons les contenus.
À quel âge donner un premier téléphone à son enfant ?
La commission écrans remise au président de la République en 2024 recommande pas de téléphone avant 11 ans, un téléphone sans connexion internet entre 11 et 13 ans, puis un téléphone connecté à partir de 13 ans, sans réseaux sociaux avant 15 ans. Chez nous, le premier téléphone sera un smartphone à l’entrée en 6e, avec un accès total pour les parents au départ.
Comment faire éteindre un écran sans conflit ?
En prévenant à l’avance, en laissant finir un niveau ou un épisode, puis en faisant répéter à l’enfant ce qu’il vient d’entendre. Chez nous, le compte à rebours de 5 à 0 fait le reste : à zéro, l’écran est éteint, et l’enfant sait que sinon, c’est un parent qui s’en charge.
Les réseaux sociaux sont-ils interdits aux moins de 15 ans en France ?
Pas à ce jour. Le Parlement a adopté l’interdiction le 21 juillet 2026, mais le Conseil constitutionnel l’a censurée le 14 août : le texte doit être réécrit. En attendant, les repères restent des recommandations, pas une obligation.
La règle des 2 heures d’écran est peut-être en train de disparaître. Mais au fond, elle n’a jamais été l’essentiel. L’essentiel, c’est d’être là. Quand il allume, quand il éteint, et surtout entre les deux.