L’éclipse solaire du 12 août 2026 va traverser l’Europe, et je compte bien la photographier depuis chez moi, en France. La totalité, elle, restera réservée à l’Espagne. La trajectoire d’ombre traverse la Galice, les Asturies, l’Aragon et les Baléares, et effleure à peine le nord-est du Portugal sur quelques kilomètres. Nous, on reste en famille en France. Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle : selon les régions, la Lune masquera tout de même entre 90% et près de 99,5% du Soleil. Ça se passera en toute fin de journée, dans une lumière qui promet d’être spectaculaire.
Avant de sortir l’appareil, il y a une règle que je veux poser clairement. Elle prime sur tout le reste : on ne photographie jamais le Soleil sans la bonne protection, ni pour ses yeux, ni pour son capteur.

Le seul filtre qui protège vraiment
J’ai chez moi trois filtres différents : un filtre solaire, un filtre anti-UV, et un polarisant circulaire. Un seul des trois convient pour ce projet, et ce n’est pas une question de préférence esthétique.
Un filtre UV ou un polarisant ne coupe qu’un à deux stops de lumière. Le Soleil, lui, est environ 100 000 fois trop lumineux pour être regardé ou photographié sans danger. Il faut donc un filtre capable de bloquer l’équivalent de 16 à 17 stops. Il doit aussi couper les infrarouges et les ultraviolets, que les filtres classiques laissent passer. C’est précisément ce que fait un filtre solaire certifié à la norme ISO 12312-2:2015, et rien d’autre dans mon sac ne s’en approche.
Concrètement, ça veut dire que je monte le filtre solaire à l’avant de l’objectif, jamais entre l’objectif et le boîtier. Et comme la France ne verra qu’une éclipse partielle, je garde ce filtre en place du début à la fin. Dans le couloir de totalité en Espagne, on peut retirer le filtre pendant la minute ou deux où le Soleil est entièrement masqué. Chez nous, une petite portion du disque solaire reste toujours visible. Le filtre reste donc vissé, sans exception.
On ne photographie jamais le Soleil sans la bonne protection, ni pour ses yeux, ni pour son capteur.
Mon matériel pour l’éclipse solaire du 12 août 2026
Je pars avec ce que j’ai déjà : un Canon 600D et un zoom 18-200mm. Ce n’est pas l’équipement des astrophotographes qui visent 500 ou 600mm. Mais le capteur APS-C du 600D joue en ma faveur. Avec son facteur de recadrage de 1,6, mon zoom à 200mm se comporte comme un 320mm en équivalent plein format. Ça ne remplit pas le cadre, mais ça donne un disque solaire net et identifiable, ce qui est largement suffisant pour un premier essai.
J’ajoute un trépied, indispensable à cette focale pour éviter le flou de bougé. Et un déclencheur à distance, ou le retardateur 2 secondes de l’appareil, pour ne pas transmettre de vibration au moment du déclenchement.
Un détail qui compte avec un reflex comme le mien : je compose et je fais la mise au point en mode Live View, sur l’écran. Jamais dans le viseur optique. Regarder le Soleil à travers un viseur optique, même avec le filtre monté, expose l’œil à un risque que l’écran n’a pas.
Et avec un smartphone ?
La même règle de sécurité s’applique, sans exception : avant de pointer un smartphone vers le Soleil, il faut un filtre solaire devant l’objectif, pas seulement devant l’écran. Le plus simple reste de coller une paire de lunettes d’éclipse certifiées ISO 12312-2:2015 devant le module photo. Autre option : découper un morceau de film Baader Astrosolar bien fixé, sans jour sur les bords. Ensuite, mieux vaut passer en mode Pro ou manuel si le téléphone le propose, et n’utiliser que le zoom optique. Le zoom numérique ne fait qu’agrandir des pixels flous, et ça se voit particulièrement sur un sujet aussi petit et contrasté que le Soleil. Un trépied ou un simple support stable évite aussi le flou de bougé, exactement comme pour un reflex. À visée réaliste : sur la plupart des téléphones, le disque solaire restera minuscule dans l’image, sauf à disposer d’un téléobjectif intégré assez long. Dans ce cas, autant assumer une photo d’ambiance : le ciel, la lumière particulière de cette fin de journée, une silhouette en contre-jour. Plutôt que de viser un gros plan que le matériel ne permettra pas.
Les réglages qui devraient fonctionner
Je pars en mode manuel, avec ces réglages de base à ajuster une fois le filtre en place. ISO 100 à 400, ouverture entre f/8 et f/11, vitesse entre 1/1000 et 1/2000s. L’autofocus ne sert à rien sur un disque aussi contrasté – je fais la mise au point manuellement, en zoomant sur l’écran pour affiner le bord du Soleil.
Je compte tester ce réglage plusieurs jours avant le 12 août, filtre monté, pour ne pas découvrir un problème de mise au point ou d’exposition le jour J. Je prendrai aussi plusieurs photos à des vitesses légèrement différentes (un bracketing simple) pour garder de la marge si la lumière change vite en fin de journée.
Je tourne en RAW autant que possible : ça laisse de la latitude pour ajuster l’exposition ensuite, sans perdre les détails dans les hautes lumières du disque solaire.
Composer quand le Soleil reste petit dans le cadre
Même avec l’équivalent 320mm, le Soleil n’occupera qu’une petite portion de l’image. Deux options s’offrent à moi. Recadrer serré en post-traitement pour isoler le disque, ou assumer un cadrage plus large avec un élément de premier plan – une silhouette, un arbre, l’horizon. Cette seconde option raconte une scène plutôt qu’un simple gros plan technique. Cette deuxième approche rejoint ce que j’avais appris en photographiant à l’heure dorée. Une lumière rasante de fin de journée, comme celle du 12 août, met en valeur les silhouettes bien plus qu’un ciel de plein midi.
Pour les réglages manuels et la gestion du trépied, je m’appuie sur les mêmes bases que pour une photo de nuit sans trépied. La stabilité avant tout : une bonne partie du travail se joue avant même d’appuyer sur le déclencheur.
Profiter du moment avant de courir après la photo
En préparant cet article, je suis tombé sur le témoignage d’un astronome amateur ayant déjà vécu plusieurs éclipses totales. Son conseil : profiter du spectacle en premier, et laisser la photo venir naturellement plutôt que de passer toute l’éclipse le nez dans le viseur. Je le garde en tête pour le 12 août – avec un enfant à côté de moi, l’expérience partagée compte au moins autant que le cliché.
Justement, côté sécurité familiale : mon enfant aura ses propres lunettes certifiées ISO 12312-2:2015, différentes des lunettes de soleil classiques qui ne protègent absolument pas pour ce genre d’observation. Et la règle est simple à expliquer, même à un enfant : jamais les yeux sans lunettes, jamais l’appareil sans filtre.
FAQ : photographier l’éclipse solaire du 12 août 2026
Jamais les yeux sans lunettes, jamais l’appareil sans filtre.
Un filtre polarisant ou anti-UV peut-il remplacer un filtre solaire ?
Non. Ces filtres ne bloquent qu’une infime partie de la lumière du Soleil et laissent passer les infrarouges et les ultraviolets. Seul un filtre certifié à la norme ISO 12312-2:2015, conçu spécifiquement pour l’observation solaire, protège vraiment les yeux et le capteur.
À quelle heure aura lieu l’éclipse depuis chez moi ?
Le maximum se situera en toute fin de journée, entre environ 20h14 et 20h27 selon la région. Le taux de couverture croît du nord-est vers le sud-ouest de la France. Pour l’horaire exact de votre ville, mieux vaut consulter un site spécialisé le jour venu.
Faut-il un très long téléobjectif pour réussir ses photos ?
Pas forcément. Un zoom à 200mm sur un capteur APS-C, comme mon Canon 600D, donne déjà un disque solaire identifiable grâce au facteur de recadrage. Un télé plus long (300 à 600mm) remplira davantage le cadre, mais n’est pas indispensable pour un premier essai.