Chaque année, quand les hêtres de la forêt du Gâvre commencent à roussir, l’envie de photographier l’automne me reprend et l’appareil ne quitte plus le sac quand nous partons marcher. C’est sans doute ma saison préférée pour sortir le boîtier : la lumière se fait plus douce, les couleurs changent de semaine en semaine, et il suffit d’un chemin forestier pour avoir de quoi faire.
En quelques saisons à traîner un Canon dans les sous-bois de Loire-Atlantique, le plus souvent une balade à trois avec ma femme et le petit, j’ai fini par me constituer une petite méthode. Rien de compliqué : quelques réglages, un accessoire, deux ou trois réflexes de composition. Voici comment je m’y prends pour photographier l’automne, sans jargon inutile.
La lumière d’automne, plus douce et plus longue
L’automne a un gros avantage sur l’été : le soleil reste bas toute la journée. La fameuse heure dorée, qui ne dure qu’une trentaine de minutes en juin, s’étire ici sur près de deux heures le matin et autant en fin d’après-midi. Dans un parc ou en lisière de bois, ce sont les meilleurs moments : lumière chaude, ombres allongées, contre-jours faciles. J’en parle plus longuement dans mon article sur la lumière dorée.
En pleine forêt, c’est presque l’inverse. Quand le soleil est trop bas, ses rayons ne passent plus à travers la canopée et le sous-bois devient terne. Là, je vise plutôt le milieu de journée, au moment où la lumière tombe encore entre les troncs et vient éclairer les feuillages. Par temps de brume, les rayons qui percent entre les arbres font le reste du travail.
Sortir par tous les temps
Un ciel gris n’est pas un mauvais jour. La lumière diffuse d’un ciel couvert adoucit les contrastes et sature naturellement les couleurs : le jaune des bouleaux et le rouge des érables ressortent souvent mieux qu’en plein soleil.
La brume du matin, juste après le lever du jour, sépare les plans et donne de la profondeur à une simple rangée d’arbres. Après une averse, tout devient sujet : les gouttes accrochées à une toile d’araignée, les feuilles vernies au sol, les reflets dans une flaque. Je glisse toujours un sac plastique dans la poche pour protéger le boîtier, et je repars dès que ça se calme.
La pire chose à faire en automne, c’est d’attendre la journée parfaite : elle ne vient presque jamais, et on rate les plus belles ambiances.
Un ciel gris n’est pas un mauvais jour.
Régler son boîtier pour photographier l’automne
Trois réglages font l’essentiel de la différence. Je ne suis pas un maniaque du menu, mais ceux-là méritent qu’on s’y arrête.
La balance des blancs
En automne, les boîtiers ont tendance à refroidir l’image : le mode automatique voit toute cette couleur chaude et cherche à la compenser. Résultat, des photos un peu ternes. Je règle la balance des blancs à la main, autour de 6500 à 7500 K, pour garder les tons chauds. Quand j’ai le temps, je photographie en RAW et j’ajuste ce point au développement : c’est le réglage le plus simple à rattraper après coup.
L’exposition et l’ouverture
Je sous-expose légèrement, d’un tiers à deux tiers de diaphragme. Ça densifie les couleurs et ça évite de brûler un ciel clair entre les branches. Un coup d’œil à l’histogramme suffit à vérifier.
Pour l’ouverture, tout dépend du sujet. Un paysage forestier net de bout en bout : f/8 à f/11. Une feuille isolée, un champignon ou un portrait détaché sur un fond de forêt flou : j’ouvre en grand, et mon 50 mm f/1.8 est parfait pour ça. Avec le zoom 18-200 mm, je vais chercher une trouée de couleur à l’autre bout du chemin et je compresse les plans sans bouger.
Le filtre polarisant, mon accessoire préféré
S’il ne fallait garder qu’un accessoire, ce serait celui-là. Le filtre polarisant supprime les reflets blancs qui ternissent les feuilles humides et la surface de l’eau. D’un coup, les couleurs paraissent plus denses et le feuillage retrouve du relief. Il fonce aussi un ciel bleu et renforce le contraste des nuages.
Deux limites à connaître. En sous-bois sombre, il fait perdre une à deux valeurs de lumière : je le retire souvent sous les arbres. Et au grand-angle, l’effet peut être inégal sur un grand ciel, avec une zone plus sombre que l’autre. On tourne la bague en regardant l’écran, et on s’arrête quand les reflets disparaissent sans que le ciel vire au noir.
Chercher un sujet, pas seulement des couleurs
C’est l’erreur que je fais encore : me dire que la couleur suffira. Une belle couleur ne fait pas une photo. Il faut un point d’accroche : un arbre isolé, un chemin qui file, une silhouette, un reflet net.
Les détails valent souvent mieux qu’un grand paysage : une feuille rouge posée sur la mousse, l’écorce craquelée d’un pin, une châtaigne ouverte, une toile d’araignée à contre-jour. L’eau aide beaucoup aussi : au bord de l’Erdre un matin sans vent, ou simplement une flaque après la pluie photographiée au ras du sol pour attraper le reflet. Enfin, quelques branches au premier plan suffisent à créer un cadre dans le cadre et à donner de la profondeur.

Depuis que je cherche d’abord le sujet et ensuite la couleur, mes sorties d’automne rapportent nettement plus de photos que je garde.
Une belle couleur ne fait pas une photo.
Avec le petit, la photo devient un jeu
Photographier avec le petit dans les pattes, ce n’est pas une contrainte : c’est un très bon sujet. Un pull moutarde dans un tas de feuilles, une course à contre-jour dans la lumière rasante, et la photo est faite.
Je lui confie aussi le smartphone ou le boîtier en mode automatique, avec une consigne : trouver la feuille la plus rouge, ou quelque chose de tout petit. Ça l’occupe dix minutes et ça me laisse le temps de composer tranquillement. La contrepartie, c’est qu’une sortie photo à trois dépasse rarement quarante minutes montre en main. On fait avec, et on revient une autre fois.
Le développement, sans en faire trop
Je développe mes RAW dans Lightroom, et le piège est toujours le même : pousser les curseurs trop loin. Je réchauffe la balance des blancs, je remonte un peu le contraste, et surtout je désature légèrement au lieu d’ajouter de la saturation : sinon l’image vire au criard et perd tout son naturel.
Le petit réglage qui change tout, c’est de décaler les tons chauds : rendre les verts un peu plus jaunes, les jaunes un peu plus orange. On obtient un camaïeu cohérent plutôt qu’un mélange qui se bat. Je travaille ces retouches par zones, au pinceau ou au filtre gradué, plutôt qu’en réglage global qui uniformise toute l’image. Pour aller plus loin, le blog de Madame Oreille détaille très bien cette étape.
Mes coins préférés autour de chez nous
Voici les endroits où j’aime photographier l’automne, tous à moins d’une heure de la maison :
- Forêt du Gâvre : la grande hêtraie, magnifique fin octobre, avec des allées bien droites qui font de superbes lignes de fuite.
- Forêt d’Escoublac, à La Baule : un mélange de pins et de feuillus où la lumière filtre joliment en fin de matinée.
- Parc de Procé, à Nantes : facile d’accès, de très beaux arbres et un ruisseau, parfait pour une sortie courte.
- Parc des Dryades, à La Baule : plus petit et très calme, idéal pour une balade tranquille avec le petit.
- Bords de l’Erdre : pour l’eau et les reflets, surtout tôt le matin quand la surface est lisse.
Et si vous cherchez d’autres idées de balades dans le coin, j’en parle dans mon article sur que faire en Loire-Atlantique en famille.
Quel objectif choisir pour la photo d’automne ?
Un 50 mm f/1.8 pour les détails et les portraits sur fond flou, et un zoom polyvalent type 18-200 mm pour aller chercher une trouée de couleur au loin et compresser les plans. Ces deux objectifs couvrent l’essentiel, et le smartphone dépanne très bien pour les gros plans.
Le filtre polarisant est-il vraiment utile en automne ?
Oui, c’est mon accessoire le plus utile. Il retire les reflets blancs sur le feuillage humide et sur l’eau, ce qui rend les couleurs plus denses, et il fonce un ciel bleu. On le retire en sous-bois sombre, où il fait perdre une à deux valeurs de lumière.
Quel est le meilleur moment de la journée ?
Dans un parc ou en lisière, le matin et la fin d’après-midi, pour la lumière chaude et longue de la saison. En pleine forêt, plutôt le milieu de journée, quand le soleil est assez haut pour passer à travers les feuilles. Un ciel gris reste un bon jour, la lumière douce sature les couleurs.
Peut-on réussir ses photos d’automne au smartphone ?
Oui, surtout pour les gros plans de feuilles, de champignons ou de gouttes d’eau. On nettoie l’objectif, on évite le zoom numérique, et on utilise le mode portrait pour détacher le sujet. Pour un reflet, on pose simplement le téléphone au ras de l’eau.
Photographier l’automne, pour moi, tient en peu de choses : sortir même quand le ciel est gris, réchauffer la balance des blancs, visser le polarisant et chercher un vrai sujet avant de se laisser hypnotiser par la couleur. Le reste, c’est du temps passé dehors, à marcher dans les feuilles avec le petit et ma femme. Les plus belles photos de la saison, ce sont presque toujours celles des sorties où je n’avais rien prévu de précis.