La première fois que j’ai mis les pieds à Séville, j’avais vingt ans, un sac à dos et le sentiment vague que cette ville allait m’apprendre quelque chose. Elle l’a fait – à sa façon, sans prévenir, par accumulation de petits moments dont on ne comprend le sens qu’en partant.
Des années plus tard, j’y suis retourné avec ma famille. Deux adultes, un enfant de sept ans, deux jours dans une ville que je croyais bien connaître. Séville a eu la bonne idée de me surprendre une deuxième fois.
L’Alcázar – quand un enfant de sept ans reste bouche ouverte
Nous commençons par là, dès le matin du premier jour. L’Alcázar de Séville est l’un de ces endroits qui résistent aux photos – non pas parce qu’il est impossible à photographier, mais parce que les photos ne rendent pas compte de ce qu’on ressent dedans. Les patios qui s’emboîtent les uns dans les autres, les mosaïques de faïence bleue et blanche, les jardins qui semblent ne pas avoir de fond.
L’enfant, qui d’habitude observe les monuments avec la patience d’une piedra (pierre), s’est arrêté net en entrant dans le Patio de las Doncellas (le patio des Demoiselles). Il a regardé les arcs, les colonnes, le bassin central. Il a dit : « C’est vrai que c’est un château habité ? » – parce que l’Alcázar est encore aujourd’hui résidence officielle de la famille royale espagnole quand elle est à Séville. Cette information l’a occupé pendant une bonne heure.
Nous y passons deux heures et demie. Pas une de trop.
Réservez en ligne avant de venir – la file d’attente sans réservation peut atteindre deux heures en été. Avec un enfant de sept ans par 35 degrés, c’est une information qui change tout.
Se perdre dans les rues – et ne pas vouloir retrouver son chemin
L’après-midi, nous laissons le plan dans la poche et nous marchons. C’est, je crois, la meilleure chose qu’on puisse faire à Séville. Le quartier de Santa Cruz – l’ancien quartier juif – est un labyrinthe de callejuelas (ruelles) si étroites que les bâtiments se touchent presque en haut, créant une ombre salvatrice à certaines heures.
Ce qui m’avait frappé quand j’étudiais ici, c’est que ces rues ne sont pas un décor. Les gens y vivent, y étendent leur linge, y font leurs courses. On croise des vieilles dames qui portent leurs sacs, des chats qui dorment sur des seuils, des enfants qui jouent au ballon contre des murs vieux de cinq siècles.
Mon fils n’a pas demandé une seule fois si on allait bientôt rentrer – lui qui, lors de notre week-end à Fougères, guettait chaque panneau indiquant un McDonald’s. C’est, avec la réservation de l’Alcázar, le meilleur conseil que je puisse donner : à Séville, marcher n’est pas un moyen de se déplacer. C’est une activité en soi.
Ir de tapeo – manger comme les Sevillanos
Ir de tapeo : aller de bar en bar, commander une tapa et un verre dans chacun, ne pas s’attarder, continuer. Ce n’est pas une façon de se nourrir – c’est une façon de vivre la ville.
Nous avons appliqué cette philosophie à notre façon, avec un enfant de sept ans : pas d’établissements trop touristiques, pas de menus en dix langues sur fond plastifié. On cherche les petites rues derrière les grandes places, on regarde où s’arrêtent les gens du quartier, on entre.
Les tapas que nous avons mangées – des gambas al ajillo (crevettes à l’ail), du jamón ibérico posé sur du pain avec un filet d’huile d’olive, des croquetas (croquettes) à la bechamel – n’avaient rien d’extraordinaire sur le papier. Dans ces bars-là, à cette heure-là, elles étaient parfaites.
Évitez les restaurants dont les serveurs font le poirier à l’entrée pour vous attraper. Écartez-vous de deux rues des grandes places touristiques. Vous mangerez mieux et dépenserez moins.
Les brumisateurs – le détail qui dit tout
Il fait 35 degrés. La terrasse d’un café, sur une petite place ombragée. Et au-dessus des tables, des brumisateurs – ces buses qui diffusent un fin nuage d’eau fraîche en continu.
Mon fils a passé cinq bonnes minutes à tendre les bras sous le jet, à reculer, à revenir. Les adultes aussi, soyons honnêtes.
Ce détail me dit quelque chose sur Séville que je n’arrive pas tout à fait à formuler : c’est une ville qui a réfléchi à comment vivre avec sa chaleur, pas comment s’en protéger. Les horaires décalés, la siesta (sieste), les terrasses orientées à l’ombre, les fontaines dans chaque plaza (place) – tout est pensé pour que la vie continue malgré les degrés.
Les transports – une ville qui a changé
Quand j’étudiais ici, on se déplaçait à pied ou en bus, point. Aujourd’hui, Séville a développé un réseau de tramway, de métro et surtout de pistes cyclables qui en fait l’une des villes les mieux équipées d’Espagne pour se déplacer sans voiture.
Nous n’avons pas loué de vélos avec un enfant de sept ans en plein centre – les rues sont parfois étroites et le flux est soutenu – mais nous avons utilisé le tramway une fois, pour aller voir le río Guadalquivir (le fleuve Guadalquivir) et le quartier de Triana depuis l’autre rive. Pratique, propre, peu cher.
La ville que j’avais connue était déjà belle. Elle est devenue plus facile à vivre.
Ce que nous en retenons
Deux jours à Séville, c’est trop court – mais c’est suffisant pour comprendre pourquoi on y revient. Nous faisions partie d’un voyage de dix jours en Andalousie, et ces deux journées sévillanes ont eu un poids particulier dans les souvenirs.
Mon fils a demandé, dans la voiture en repartant, si les gens de Séville mangeaient des tapas tous les jours. Je lui ai dit que oui, à peu près. Il a réfléchi une seconde, puis il a dit que c’était une très bonne idée.
Je ne pouvais pas être plus d’accord.
Si vous cherchez une autre escapade en famille, plus proche cette fois, notre article que faire en Loire-Atlantique en famille vous donnera peut-être des idées – entre plages et journées sur la côte d’Amour, à deux pas de la maison.
Infos pratiques
L’Alcázar de Séville
Réservation en ligne indispensable en été. Compter 2h minimum. Accessible dès 5-6 ans – les jardins sont particulièrement appréciés des enfants.
Le quartier Santa Cruz
Gratuit, toujours ouvert. Idéal tôt le matin ou en fin d’après-midi quand la lumière est dorée et la chaleur plus supportable.
Ir de tapeo
Budget raisonnable : comptez 15 à 20 euros par adulte pour une soirée à base de tapas et de verres. Les enfants mangent facilement des croquetas et du jamón.
Hébergement
Airbnb en centre-ville fonctionne bien. Privilégiez Santa Cruz ou El Arenal pour tout faire à pied.
En août
35 degrés en journée. Prévoyez de rentrer à l’Airbnb entre 13h et 17h. La ville se rallume vraiment à partir de 18h – et la nuit sévillane est une expérience en soi.
Combien de temps prévoir pour visiter Séville en famille ?
Deux ou trois jours suffisent pour voir l’essentiel : Alcázar, quartier de Santa Cruz, une bonne tournée de tapas. Nous n’avons eu que deux jours et c’était court, mais suffisant pour comprendre pourquoi on a envie d’y revenir.
Séville en été avec des enfants, c’est trop dur ?
Pas si on organise la journée autour des heures fraîches : sorties tôt le matin et en fin d’après-midi, activité calme ou sieste entre 13h et 17h. Les brumisateurs sur les terrasses et les fontaines des plazas aident aussi à tenir la chaleur.
Que voir à Séville avec des enfants en dehors de l’Alcázar ?
Le parc María Luisa offre une vraie pause verte et ombragée, agréable pour souffler entre deux visites. Une croisière en bateau sur le Guadalquivir ou une balade à vélo sur les pistes cyclables de la ville sont aussi de bonnes options pour varier le rythme avec des enfants.